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Patrick Blanchandin, l’harmonie des contraires

 

Dans un jeu chorégraphique sculptural, il joue des formes et des contrastes, brise l’ordre apparent, détourne le sens premier en se risquant à des rapprochements qui n’ont en apparence rien de commun.

 

L’artiste travaille deux procédés distincts dont les trajectoires atypiques s’épousent et se répondent sous une certaine complémentarité. Son premier élan créatif est le travail du fer à la forge, qu’il modèle par le feu, sans addition ni soustraction, pour réaliser ses sculptures sonores baptisées Diapasons. Puis désirant changer de matériau et de technique, il choisit la taille directe sur du Robinier (ou faux acacia) pour donner naissance à ses Guetteurs, auxquels il ajoute de la peinture acrylique, parfois du cuir et des lunettes en fer forgé.

 

« Je mets en relation le son du diapason et la bouche ouverte des Guetteurs qui observent le monde à travers leurs lunettes. Le travail de forge est antérieur au travail sur les Guetteurs, mais les deux écritures participent au même discours. »

 

Son geste arpente les volumes et ravive les contrastes. L’enlacement des courbes et l’alternance des segments offrent à son geste une impulsion émotionnelle et un désir de liberté. Les œuvres de Patrick Blanchandin sont autonomes et acquièrent leur propre dimension.

Les coupes, les contorsions leurs sont propres et ne semblent jamais définitivement figées.

 

Les compositions s’envisagent en mouvement, en mutation. Des racines à l’éternité, sous un paradigme érigé de la base au sommet ou vers une ouverture de perspectives horizontales, l’artiste sculpte des lignes de forces vers de nouveaux possibles.

 

« La verticalité a toujours été prégnante dans mon travail, une sorte de quête de transcendance, de spiritualité à travers la matière. La sculpture comme médium entre l’horizontalité et la verticalité, entre la terre et le ciel. Un dialogue entre les courbes forgées et les troncs d’acacia hiératiques. »

 

Pleins et élancés, les Guetteurs taillés sur bois aux tonalités multiples révèlent un caractère référent à l’Histoire.

« Un voyage à l’ouest du Canada m’a fait rencontrer les totems des indiens Haidas. Ces  grandes verticales polychromes furent pour moi une véritable découverte. »

La force émotionnelle de ces identités sculpturales éveille une sensation brute où le domestique et l’inconnu se confrontent, l’étrange émerge du familier. La pureté des formes, la verticalité, comme l’harmonie performative des couleurs nous invite à nous questionner sur ce que nous voyons.

 

« Les Guetteurs sont observateurs du monde qui change. Ils nous observent, la bouche ouverte de stupeur, d’étonnement parfois, à travers leurs lunettes pour nous rappeler de ne pas oublier les fondamentaux de notre civilisation. »

 

Avec les Diapasons, l’idée de mouvement s’associe aux traits d’écritures calligraphiques dans l’espace. Ce dialecte sans code, retranscrit ce que le réel lui inspire. Si l’écriture ne se lit pas elle s’écoute. Ces sculptures sonores produisent des effets sensoriels apaisants, de contemplation, de recueillement et d’évasion.

 « Le son participe à l’éveil de notre spiritualité cachée. »

 

L’artiste sculpte des directions qui participent à une appréhension polysémique. Postures en bois totémiques ou apparitions forgées anthropomorphiques, elles sont autant de formes d’expressions qui ont le pouvoir de questionner à leur façon l’imaginaire et l’étrangeté.

 

Patrick Blanchandin rapproche ces deux procédés sculpturaux pour créer de nouvelles potentialités. C’est dans cette coexistence harmonieuse, qu’il trouve la source de sa créativité ; en associant l’harmonie des contraires, une rare conjugaison où le connu se transforme, laissant le même devenir autre.

 

Canoline Critiks.